Durant des années, et particulièrement alors que je présidais le Centre Communautaire Laïc Juif (CCLJ),  j’ai suivi de très près l’évolution des événements au Moyen-Orient.

J’ai toujours pensé que seule une solution négociée sur base des Résolutions du Conseil de Sécurité des Nations Unies, menant à deux états, l’Etat d’Israël et l’Etat palestinien permettrait de réaliser la paix dans la région.

Outre les rencontres entre Israéliens et Palestiniens, organisées à Bruxelles et ailleurs dans le monde, j’ai participé à une multitude d’initiatives ayant eu pour but de rapprocher les sociétés civiles des deux peuples, de construire une perception plus sensible des aspirations de chacun, une meilleure compréhension de la vie quotidienne et des réalités sur le terrain.

Nous avons tous compris combien il était difficile surmonter les événements dramatiques qui se succédaient, de revenir à la raison et de reprendre l’ouvrage de la construction de la paix lorsque les armes parlaient, que les morts et les blessés inondaient nos cœurs et nos cerveaux.

Initiative de Genève

En Février 2002, avec le Cercle du Libre-Examen de l’ULB, nous avons invité les deux principaux responsables de la Coalition israélo-palestinienne pour la paix, Yossi Beilin et Yasser Abed Rabbo. Lors d’une soirée mémorable à l’ULB, ils ont présenté les objectifs de leur action qui allait mener 18 mois plus tard, à l’ “Initiative de Genève”, un plan de paix non-officiel reprenant les points d’accord pour une solution définitive du conflit israélo-palestinien. Malheureusement, cette initiative de “la société civile” n’a jamais eu l’impact souhaité auprès des opinions publiques, et les responsables politique, en particulier Ariel Sharon, l’a écartée au profit du désengagement unilatéral de la Bande de Gaza (2005).

Les femmes et la paix au Moyen-Orient

En mai 1989– il y a 25 exactement, n’est-ce pas incroyable!-, durant la première Intifada, nous avons réuni à Bruxelles 40 femmes israéliennes et palestiniennes dans le cadre d’une rencontre publique: « Give Peace a Chance – Women Speak Out ».

Dans les années qui ont suivi, elles ont lancé le « Jerusalem Link »: pour la première fois, une coopération formelle entre Palestiniennes et Israéliennes était mise en place.

Cette coopération s’est poursuivie malgré les tensions et les explosions qui ont secoué la région. En juin 1997, les femmes du Jerusalem Link ont organisé une manifestation importante à Jérusalem sur le thème « Sharing Jerusalem- Two capitals for two states», un programme visionnaire! Cette manifestation a permis de mettre sur le tapis des scénarios en vue d’une solution pour le statut de Jérusalem dans le cadre d’un accord de paix entre Israël et le peuple palestinien. J’ai été un des partenaires européens du projet et j’ai participé à l’entièreté du processus de réflexion et à sa réalisation.

L’échec du Sommet de Camp David en juillet 2000 et l’explosion de la Deuxième Intifada ont poussé les femmes israéliennes et palestiniennes à revoir leur travail de coopération.

Première constatation : les femmes avaient été absentes de toutes les négociations et de tous les processus de paix formels et informels. Deuxième constatation : leur impact était plus marginal que jamais au sein de leurs communautés.

En parallèle avec le vote unanime par le Conseil de Sécurité des Nations Unies de la Résolution 1325, appelant à la participation des femmes à la prévention et à la résolution des conflits ainsi qu’à la construction de la paix, nous avons décidé de mettre en place un mécanisme qui permettrait aux femmes de faire entendre leur voix à la table des négociations.

Avec le soutien de Laurette Onkelinx, à l’issue d’un long processus de réflexion, nous avons lancé en juillet 2005 la « Commission internationale des Femmes pour une paix israélo-palestinienne juste et durable (IWC)». La Commission internationale est une coalition de femmes palestiniennes, israéliennes et internationales de haut niveau qui reconnaissent le besoin urgent que s’instaure une paix juste, basée sur la légalité internationale, les droits de l’homme et l’égalité. Elles considèrent que leur voix commune peut et doit être entendue par les décideurs politiques locaux et internationaux.

Depuis lors, sous l’égide de la directrice exécutive du Fonds des Nations Unies pour le Développement des Femmes (UNIFEM), nous avons travaillé à légitimer l’IWC auprès des acteurs politiques internationaux: l’Union Européenne, les Etats-Unis et l’ONU.

Malheureusement, face au blocage de toute négociation, à la poursuite de la colonisation dans les territoires palestiniens occupés, le manque de perspective d’une solution, la Commission Internationale a interrompu ses activités fin 2011.

Les femmes dans le partenariat euro-méditerranéen

Mes contacts avec mes amies palestiniennes m’ont permis de découvrir la réalité de la vie des femmes des pays du Sud et plus particulièrement, du monde musulman.

Développer des réseaux de coopération

Dès mai 1994, il y a 20ans, nous avons organisé une conférence internationale à Marrakech : Le Sommet des Femmes de la Méditerranée et d’Europe: 200 femmes politiques et responsables d’associations, venues d’Europe, d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, se sont réunies pour examiner comment faire progresser la condition des femmes en travaillant à réaliser la paix dans la région. Nous sommes arrivées à la conclusion qu’il était nécessaire de développer des réseaux de coopération et de solidarité entre nous et qu’en travaillant de la sorte, nous nous renforcerions mutuellement.

Durant les années qui ont suivi, j’ai beaucoup travaillé pour convaincre les responsables européens, avec le soutien du gouvernement belge, de la nécessité de développer des outils permettant un renforcement des femmes dans le cadre du partenariat euro-méditerranéen. La Commission européenne a finalement lancé en 2005, un programme régional pour le développement économique des femmes. Et en 2006, a eu lien la première conférence ministérielle euro-méditerranéenne sur les femmes, avec à la clé, un premier et modeste, plan d’action.

Mon optimisme face à ce processus repose sur l’évolution de la prise de conscience de l’importance de la prise en compte du genre dans tous les processus euro-méditerranéens.

 

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